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« Moi … et le risque »

Les risques sont inévitables dans la vie. Certains sont imprévisibles, d’autres sont choisis. Aussi, quand il est question des infections transmises sexuellement (ITS), l’évaluation d’un risque de transmission n’est pas toujours facile. Est-ce que je peux contracter le VIH-sida en faisant une fellation ? Est-ce que je peux attraper une gonorrhée si je n’avale pas le sperme ? Qu’est-ce qu’un comportement sexuel à risque faible ou élevé ? Plusieurs questions surgissent.

Une chose est certaine, le sexe anal sans condom expose davantage au risque de contracter le VIH et toutes les ITS, sans exception. C’est pourquoi l’utilisation du condom pour cette pratique est fortement recommandée. Toutefois, la décision de prendre un risque ou non est beaucoup plus complexe que de savoir qu’il faut mettre un condom.

Quels sont les facteurs qui m’amènent à prendre un risque ?
Au moment de la pénétration anale, les décisions se prennent rapidement ou on n’a pas le temps ou l’envie de réfléchir à l’utilisation du condom. Même si, au début de la rencontre sexuelle, on avait l’intention d’utiliser le condom, la passion l’emporte parfois sur la raison. Ceci est profondément humain et nous place malheureusement en position de vulnérabilité dans laquelle les émotions et les plaisirs du corps peuvent prendre le dessus sur nos connaissances relatives à l’usage du condom et à la préoccupation pour sa santé sexuelle.

Certains éléments déclencheurs peuvent enflammer cette passion et favoriser la prise de risque. Ces éléments ont la faculté de brouiller notre cadre de référence intérieur : nos valeurs, nos croyances, nos connaissances au point où, tout à coup, on fait ce qui aurait été impensable quelques secondes auparavant.

Voici quelques-uns de ces déclencheurs :

Le désir. Celui qu’on ressent pour l’autre, mais SURTOUT, le désir de l’autre à notre égard. Il semble intensifier et justifier le désir d’avoir du sexe anal. Quand on sent que l’autre nous désire et qu’il nous le communique par la chaleur de son corps, l’intention de départ d’utiliser le condom peut changer.

La confiance. Lorsqu’on fait confiance à une personne, on se sent plus près d’elle. Ce sentiment peut nous inciter fortement à ne pas utiliser le condom. Après tout, on se connaît ! La décision de faire confiance ou non est généralement fondée sur des critères qu’on s’est fixés, consciemment ou non.

L’intuition est également un facteur mentionné lorsqu’il est temps d’accorder sa confiance. Il y a des gens avec qui la connexion est instantanée, inexplicable. C’est une question de feeling, de chimie, une impression de familiarité. Et la familiarité incite à faire confiance.

Certains hommes n’ont aucun critère de confiance, mais peuvent tout de même avoir des critères de méfiance. Généralement, quand on se méfie du partenaire sexuel, on a tendance à utiliser le condom pour le sexe anal, choisir d’autres pratiques sexuelles ou éviter les contacts avec le sperme et les autres liquides biologiques.


Préférence sexuelle
Si la pénétration anale s’avère la pratique sexuelle préférée, le risque de ne pas utiliser le condom est plus élevé. Le sens donné à la relation anale représente également un facteur qui influera sur la décision de mettre un condom ou non.

Selon les participants d’Oméga, la pénétration anale peut prendre les sens suivants :
*Aspect de fusion-communion totale avec le partenaire
*Faveur-privilège, par exemple, avec son chum seulement
*Jeu de domination-soumission
*Maturité sexuelle, impression d’avoir atteint une maturité sexuelle si on pratique le sexe anal
*Plaisir, jouissance ultime
*Violence-sadomasochisme

Pour découvrir le sens que la pénétration anale prend pour soi-même, si on ne le sait pas déjà, les questions suivantes peuvent se poser :

- Qu’est-ce que j’aime physiquement de la pénétration anale ?
- Quel feeling me procure-t-elle ?

Et on peut aussi se demander :

*En quoi l’utilisation du condom m’empêche d’aller chercher ce feeling ? Ou atténue-t-il le sens de la pénétration anale ?

Je rechute pour une nuit…
Les campagnes de prévention contre la propagation des ITS et du VIH-sida ont misé sur l’établissement d’une norme sociale prescrivant l’utilisation systématique du condom à chaque pénétration anale. Il est vrai que, outre l’abstinence, le condom constitue encore le meilleur moyen de protéger sa santé sexuelle. Dans la réalité toutefois, il est probable qu’au moins une fois dans sa vie on pense « au diable le condom ! ».

Tabou de la rechute
Dans ce cas, il faut se rappeler qu’une fois n’est pas coutume. Les gens qui rechutent peuvent sentir qu’ils se retrouvent dans une situation plutôt inconfortable. Parfois, sous l’effet de l’alcool ou d’une drogue, la perception du risque change. Ils peuvent se sentir coupable d’avoir commis une grave erreur. Résultat : ils n’en parleront pas.

Ce silence face à la rechute crée souvent un sentiment de honte, de culpabilité, de colère, de panique, de jugement de soi-même et d’isolement. On croit être le seul à vivre cette situation. Sans parler de la peur d’avoir contracté ou transmis une ITS ou le VIH.

Ceux qui l’ont vécu connaissent l’angoisse qui peut survenir après avoir eu une relation sexuelle avec pénétration anale non protégée. C’est un stress supplémentaire qui vient s’ajouter à nos vies déjà stressantes à souhait, où tellement de choses échappent à notre contrôle. Mettre un condom est un simple geste qui nous épargne un grand stress, car il nous évite une exposition au risque.

Extrait de : Christine Savoie, 2004. « Mon livre de lit : pour une sexualité plaisir en santé, Vol.1. » produit par Action Séro-Zéro, 69 pages. www.sero-zero.qc.ca

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