
Au plan du statut sérologique, les couples homosexuels se divisent
en trois catégories : les couples séronégatif + séronégatif,
les couples séronégatif + séropositif, et les couples
séropositif + séropositif. Notons d'emblée que, par
prudence, les individus qui ignorent leur sérologie doivent continuer
à pratiquer le sexe sécuritaire jusqu'à ce que leur
statut sérologique soit établi. Par la suite, ils pourront
alors se reporter à la catégorie qui correspond à
leur situation. Notons enfin qu'à l'intérieur de n'importe
quel couple, il ne faut jamais reporter la responsabilité du sécurisexe
sur une seule personne, sous prétexte qu'elle est séropositive
(donc responsable d'une éventuelle contamination) ou séronégative
(donc responsable de le rester). Une telle vision serait injuste et inutilement
culpabilisante pour la seule personne impliquée. La situation idéale
serait de pratiquer le sécurisexe indépendamment de la séropositivité.
Quant à la responsabilité des comportements sécuritaires,
elle repose sur les deux partenaires à la fois et doit toujours
être partagée quelque soit le statut sérologique de
chacun. En effet, chacun est responsable de sa santé et ne doit
pas s'imaginer que les autres sont là pour le protéger à
sa place. Ainsi, dans la grande majorité des cas, la prudence reste
toujours de mise et on ne prendra aucune décision hâtive
qui remettrait en cause le sécurisexe, encore moins en s'appuyant
sur de simples impressions ou hypothèses du genre : « Il
est tellement beau... » ou « Il a l'air en santé ».
1) LE COUPLE SÉRONÉGATIF + SÉRONÉGATIF
Les couples dans lesquels les deux partenaires sont séronégatifs
peuvent avoir le désir d'abandonner le condom lors des relations
sexuelles. Effectivement, cela est envisageable. Il faut savoir, toutefois,
que le port du condom ne protège pas seulement des risques d'infection
par le VIH. Il présente bien d'autres avantages sur le plan de
l'hygiène et de la propagation des ITS (MTS). Certains individus
pourront donc souhaiter continuer à l'utiliser. Il faut également
savoir que, même entre séronégatifs, et même
dans un couple fermé, on ne renonce pas comme ça au condom
du jour au lendemain. Abandonner le condom, c'est tout un processus qui
prend parfois plusieurs mois et qui suit différentes étapes.
Plusieurs études et revues ont déjà publié
leur propre vision de ce que doit être la démarche d'abandon
du condom. Certaines sont plus complexes que d'autres, mais, en simplifiant,
toutes s'entendent pour retenir les étapes suivantes :
? Les deux partenaires font le test en même temps pour obtenir confirmation
de leur séronégativité. Ils y vont ensemble ou séparément,
mais la majorité des études préconisent d'y aller
plutôt ensemble.
? Une fois la séronégativité confirmée, les
deux partenaires conservent le condom encore pour un minimum de trois
mois pendant toutes leurs relations sexuelles, qu'elles se déroulent
à l'intérieur ou à l'extérieur du couple.
? Au bout de trois mois, les deux partenaires doivent passer un nouveau
test de dépistage. Si les résultats s'avèrent toujours
négatifs les deux partenaires peuvent alors renoncer au condom
à condition de ne prendre aucun risque sur le plan sexuel en dehors
de leur couple.
Avant d'entreprendre une telle démarche, les deux partenaires doivent
s'interroger pour savoir si un tel cheminement est possible dans leur
cas, s'il n'est pas trop long, ou trop exigeant. On ne doit pas perdre
de vue que l'abandon du condom exige de chacun une honnêteté
de tous les instants.
En effet, à partir du moment où les conjoints ont décidé
d'abandonner le condom, une seule infidélité sexuelle à
risques peut avoir de très graves répercussions.
Au moindre doute, il faut révéler à son partenaire
qu'il y a eu relation sexuelle avec une tierce personne. Ensemble, les
partenaires déterminent s'il y a eu risque d'infection. Si c'est
le cas, il faut reprendre l'usage du condom pour une période d'au
moins trois mois puis repasser le test afin d'établir si les deux
partenaires sont toujours séronégatifs. Enfin, au nom de
cette même honnêteté, on ne doit pas prétendre
avoir vécu une relation protégée s'il y a en réalité
le moindre risque qu'elle ait été mal ou non protégée.
En cas de relations sexuelles non protégées à l'extérieur
du couple, on ne doit jamais oublier qu'on n'est pas le seul concerné
et que l'honnêteté envers son partenaire s'impose en tout
temps. En effet, nous sommes en partie responsables de la santé
des autres. Là encore c'est une question de confiance, d'éthique
personnelle et de sens des responsabilités. Comment se sentirait-on
en apprenant par la suite qu'on a introduit le VIH dans son couple et
qu'on a contaminé son partenaire uniquement par peur de la franchise,
par crainte de sa réaction ? Et lui surtout, comment va-t-il se
sentir ? Il ne faut donc jamais s'imaginer qu'on est à l'abri de
toute contamination simplement parce qu'on vit une relation de couple,
fermée ou non. L'imprévu peut toujours survenir.
2) LE COUPLE SÉRONÉGATIF + SÉROPOSITIF
C'est probablement à l'intérieur des couples séronégatif/séropositif
que les enjeux sont les plus importants au niveau de la transmission du
VIH. En effet, dans ces couples, les partenaires ne doivent jamais abandonner
le condom lors de leurs pratiques sexuelles. La notion de risque et de
rechute est ici capitale. Le partenaire séronégatif, malgré
tout son amour, peut vivre dans la peur permanente d'être infecté,
tandis que le partenaire séropositif peut vivre dans la crainte
constante d'infecter l'autre. C'est pourquoi, lorsqu'on vit dans un couple
séronégatif/séropositif, on ne doit pas hésiter
à se demander si on est vraiment à l'aise d'évoluer
dans un tel contexte. Pour aider à surmonter ce malaise, on a tout
intérêt à en parler autour de soi, que ce soit avec
son partenaire, avec ses amis ou avec toute autre personne de confiance
disposant des ressources nécessaires pour écouter et répondre
à ce type de questionnement.
Les partenaires d'un couple séronégatif/séropositif sont en droit de se demander s'ils peuvent faire confiance à 100 % au condom. Certains vont préférer renoncer à la pénétration et à certaines pratiques plutôt que de tout miser sur la fiabilité du condom. Il existe en effet toutes sortes d'autres jeux sexuels qui ne représentent aucun risque d'infection.
Il peut arriver au sein du couple que le partenaire séronégatif ait envie d'un relâchement sur le plan du sécurisexe afin de se sentir psychologiquement ou physiquement plus en contact avec l'homme qu'il aime. Le partenaire séronégatif peut aussi ressentir le désir de prouver son amour en montrant qu'il accepte son conjoint tel qu'il est et qu'il irait même jusqu'à partager sa condition de séropositif. Certains le font par lassitude de mettre le condom, d'autres pour défier volontairement la contamination. Pourtant, quelques soient les circonstances motivant l'abandon du condom, il ne faut surtout pas se dire que « Maintenant, tout est foutu ». Ne pas se dire non plus que « Puisqu'on l'a fait une fois, on peut le refaire encore ». Au contraire, il faut mettre un frein dès que possible à cette rechute et revenir à des comportements sécuritaires.
3) LE COUPLE SÉROPOSITIF + SÉROPOSITIF
Les deux partenaires d'un couple séropositif peuvent décider
de garder l'usage du condom s'ils le désirent, par mesure d'hygiène,
ou pour se protéger d'autres infections sexuellement transmissibles
ou d'infections opportunistes. De plus, le risque d'une éventuelle
réinfection par une souche de virus déjà résistante
à certains médicaments doit aussi être pris en considération.
Cependant, malgré ces risques, certains couples composés
de partenaires séropositifs prennent la décision d'abandonner
l'usage du condom. Là encore, il s'agit d'une décision qui
engage les deux partenaires et qui, de plus, doit être prise en
bonne connaissance de cause. Avant de s'engager dans cette voie, pourquoi
ne pas en parler à un médecin ? Après tout, comme
le dit l'adage, « mieux vaut prévenir que guérir ».
Extrait de : Action Séro-Zéro, 2002. « Ma vie
gaie; le parcours en soi »,
www.sero-zero.qc.ca